Logo
Article

Sécheresse, récoltes et prix : ce que cette année agricole nous apprend

Moins d’eau, plus de travail, parfois moins de récoltes… et forcément, des questions sur les prix. Mais que se passe-t-il réellement derrière nos légumes ?

Cet été, la sécheresse s’est installée durablement en Suisse. Depuis le début du mois de juin, les précipitations se font rares et les vagues de chaleur se succèdent. L’Union suisse des paysans parle désormais d’une situation de sécheresse extrême, avec des conséquences importantes pour de nombreuses exploitations agricoles.

Nous avons déjà raconté ici comment les producteurs s’adaptent à ces conditions : irrigation, paillage, argile blanche, protection des cultures… Mais il y a une autre conséquence, moins visible dans nos champs et pourtant très concrète pour tout le monde : le coût de production d’un légume peut augmenter alors même que la quantité récoltée diminue.

Et cela finit, tôt ou tard, par poser une question assez simple : qui paie la différence ?

Quand produire coûte plus cher

Cultiver un légume ne consiste pas seulement à planter une graine et à attendre qu’elle pousse – même si, vu de notre canapé, ce serait effectivement assez pratique.

En période de sécheresse, les producteurs doivent parfois irriguer davantage, consacrer plus de temps à certaines cultures et accepter des rendements moins importants. Bio Suisse constate actuellement des coûts de production nettement plus élevés pour certaines cultures, notamment en raison de l’irrigation supplémentaire, ainsi que des calibres plus petits et des rendements en baisse pour les légumes, les pommes de terre et certains fruits.

Concrètement, imaginons un maraîcher qui avait prévu de récolter 1’000 kg de carottes.

Si la météo réduit sa récolte à 800 kg, mais qu’il a malgré tout dû mobiliser autant – voire davantage – de main-d’œuvre, de matériel et d’eau pour les produire, chaque kilo restant lui coûte mécaniquement plus cher.

C’est une réalité assez éloignée de ce que l’on voit dans un rayon de supermarché. Une carotte ne porte pas sur elle le coût de l’eau utilisée pour la faire pousser, les heures supplémentaires d’irrigation ou les kilos qui n’ont finalement jamais été récoltés.

Pourquoi les prix peuvent-ils alors augmenter ?

Le prix d’un fruit ou d’un légume dépend de nombreux facteurs : coût de production, quantité disponible, demande, saison, importations, transport et fonctionnement de la filière.

Lorsque l’offre diminue fortement alors que la demande reste présente, les prix peuvent augmenter. C’est exactement le mécanisme que l’on observe actuellement sur certaines productions agricoles.

Bio Suisse indique par exemple qu’une première hausse des prix indicatifs des carottes a été décidée cet été, dans un contexte de sécheresse persistante.

Le président de l’Union suisse des paysans, Markus Ritter, estime également que les prix devraient augmenter si les quantités disponibles diminuent suffisamment en Suisse et à l’étranger. Les pommes de terre font notamment partie des cultures pour lesquelles la pression est importante cette année.

Cela ne signifie évidemment pas que tous les fruits et légumes vont augmenter de la même manière, ni que chaque variation de prix est directement liée à la météo. Mais cela permet de comprendre une chose importante : le prix d’un légume n’est pas indépendant de la réalité du champ.

Et chez UglyFruits, pourquoi les prix ne changent-ils pas chaque semaine ?

C’est là que notre fonctionnement diffère un peu.

Chez UglyFruits, nous avons fait le choix de proposer un prix stable pour nos paniers tout au long de l’année, plutôt que de répercuter chaque variation de coût ou de disponibilité sur le prix payé par nos clients.

Pourquoi ?

Parce que nous pensons qu’un panier de légumes ne devrait pas devenir un petit marché boursier chaque semaine.

Une semaine de sécheresse ? + CHF X.

Une récolte particulièrement généreuse ? - CHF Y.

Une carotte qui a décidé de faire des heures supplémentaires ? + CHF 0,20.

Nous préférons un système plus simple et plus prévisible pour tout le monde.

Cela signifie aussi qu’UglyFruits ne renégocie pas les prix de chaque produit chaque semaine avec ses producteurs en fonction des fluctuations du moment. Nous travaillons avec nos partenaires dans une relation commerciale suivie, avec des prix définis dans un cadre clair.

Cette stabilité est importante pour nous, mais elle l’est aussi pour les producteurs.

Un prix stable ne veut pas dire que les coûts sont stables

C’est une nuance importante.

Le prix que vous payez pour votre panier peut rester identique alors que, derrière, le contexte agricole évolue.

Si l’irrigation coûte davantage, si une récolte est moins importante ou si certaines productions deviennent plus difficiles à obtenir, nous absorbons une partie de ces variations dans notre fonctionnement plutôt que de les répercuter automatiquement sur chaque panier.

Cela fait partie de notre modèle économique et de la relation que nous souhaitons construire avec nos producteurs partenaires.

À l’inverse, lorsque les conditions sont favorables et qu’une récolte est particulièrement abondante, nous ne baissons pas non plus automatiquement le prix du panier.

Pourquoi ? Parce que nous ne souhaitons pas considérer le producteur comme une variable d’ajustement.

Une relation plus prévisible avec les producteurs

Cette façon de fonctionner a aussi un autre avantage : elle permet de construire une relation dans la durée.

Nos producteurs savent que nous sommes là pour acheter leurs fruits et légumes, semaine après semaine, y compris lorsque les récoltes sont moins « parfaites » ou que les calibres sont plus irréguliers.

Et c’est particulièrement important dans une année comme 2026.

Car lorsque la météo met les cultures à rude épreuve, le producteur n’a pas seulement besoin de vendre les plus beaux légumes d’une récolte. Il a besoin de pouvoir valoriser une partie aussi large que possible de ce qu’il a réussi à faire pousser.

C’est précisément là que notre approche des fruits et légumes non calibrés prend tout son sens.

Ne pas gaspiller quand chaque récolte compte

Un légume plus petit, plus gros, tordu ou simplement différent des standards habituels n’a pas demandé moins d’eau, moins de soleil ou moins de travail pour pousser.

Et lorsque les conditions agricoles sont difficiles, il serait assez paradoxal de produire avec davantage de contraintes pour ensuite écarter une partie de la récolte uniquement parce qu’elle ne correspond pas à certains critères esthétiques ou de calibre.

Chez UglyFruits, nous faisons donc le choix de valoriser ces fruits et légumes 100 % bio, non calibrés, issus de nos producteurs partenaires.

Pas parce qu’ils seraient « meilleurs » parce qu’ils sont moches.

Mais parce qu’ils sont parfaitement bons à manger.

Et qu’en agriculture, surtout lorsque les conditions deviennent plus incertaines, chaque récolte qui peut trouver sa place dans une assiette mérite d’avoir sa chance.

Derrière un prix, il y a toujours une histoire

Cette année de sécheresse nous rappelle finalement quelque chose que l’on oublie facilement lorsque l’on fait ses courses : les fruits et légumes ne sont pas fabriqués en usine.

Leur disponibilité, leur taille, leur aspect et leur coût dépendent directement de ce qui se passe dans les champs.

Chez UglyFruits, nous avons choisi de ne pas faire porter chaque variation directement sur le prix de votre panier. Nous préférons travailler dans la durée avec nos producteurs, valoriser leurs récoltes dans leur diversité et accepter que la nature ne produise pas toujours exactement ce que l’on avait imaginé.

Parce qu’un prix stable ne change pas la météo.

Mais une relation stable avec ceux qui cultivent nos légumes peut, elle, faire une vraie différence.

Et cette année, plus que jamais, on préfère être du côté des légumes qui poussent… plutôt que du côté des étiquettes qui s’affolent.

D’autres articles

Argile blanche, paillage, goutte-à-goutte : les techniques anti-gaspi de nos producteurs pour résister à la chaleur

La récente enquête de la RTS de ce mois de juillet 2026 sur l'agriculture suisse est sans appel : entre canicule et s...

Dates de péremption : ce qu'elles veulent vraiment dire...

...et pourquoi votre nez en sait souvent plus que l'étiquette ! « Périmé », un mot qui fait peur… et qui, avouons-le,...

Quand la météo s'emballe : ce que la chaleur change pour vos légumes (et comment on s'adapte)

Les derniers jours de chaleur extrême ont suffi à compromettre une partie d'une récolte chez l'un de nos producteurs....

Gaspillage alimentaire en Suisse : ce que dit le nouveau rapport, et ce qu’on peut y changer

Début mai, le Conseil fédéral a publié un bilan intermédiaire de son plan de lutte contre le gaspillage alimentaire. ...

Vos épluchures et les tiges de vos fruits et légumes, vous les jetez ?

On a 10 recettes pour elles. Du vert de poireau aux pelures de pommes — tout mérite une deuxième chance dans l'assie...

Frigo ou pas frigo ?

C'est LA question qui divise — et la réponse change beaucoup avec la chaleur. Voici ce qu'il faut retenir.

Le gaspillage alimentaire invisible : tout ce qui se perd avant même d'arriver dans votre assiette

On a beaucoup évoqué le gaspillage à la maison. Aujourd'hui, on remonte la chaîne — jusqu'au champ

Le linge humide et le papier absorbant : les deux meilleurs amis de vos fruits et légumes !

Deux "outils" que vous avez déjà dans votre cuisine — et qui pourraient bien sauver la moitié de votre panier.

Quand il fait chaud, ça gaspille malheureusement plus fortement !

Comprendre le lien entre canicule et gaspillage alimentaire (et surtout, comment s'en sortir). L'été n'est pas encore...