Automne dans le panier : comment tout garder sans rien jeter
Episode 1- Ça y est, l'automne est (enfin) là. Les dernières prunes Fellenberg font leurs adieux, les courges prennent leurs quartiers, les pommes de terre s'installent et les pommes croquent à pleines dents. Bonne nouvelle : c'est la saison des légumes de garde, ces produits que la nature a conçus pour durer. Encore faut-il savoir où les ranger. Pas de complexité ici : juste des repères simples, variété par variété, pour que ce qui arrive dans votre panier finisse dans l'assiette. Même la courge un peu cabossée.
Pourquoi bien ranger change tout
Quelques ordres de grandeur pour la Suisse :
- Environ 310 kg de nourriture sont perdus par personne et par an sur l’ensemble de la chaîne alimentaire, contre 330 kg en 2019 (OFEV/ZHAW, 2025).
- Dans les ménages, cela représente près de 600 francs de nourriture comestible jetée par personne et par an, soit environ 11.50 CHF par semaine (OFEV/ZHAW, 2025). Autrement dit : chaque semaine, l’équivalent d’une journée de courses s’en va à la poubelle.
- La Suisse s’est engagée en 2017 à réduire de moitié le gaspillage évitable d’ici 2030 (swissinfo).
La bonne nouvelle, c’est qu’une grande partie se joue dans le placard et le bac à légumes. Voyons ça de près.
Les courges : toutes cousines, pas toutes pareilles
Les règles communes
- Un endroit sec, aéré, entre 10 et 15 °C : placard, cellier, cage d’escalier non chauffée. Les chambres froides sont déconseillées pour les courges de garde.
- Pas de réfrigérateur pour une courge entière : le froid humide favorise les moisissures.
- Une peau intacte, pas de chocs, pas d’empilement. Un coup d’œil de temps en temps, et on retire celle qui montre des signes de faiblesse.
Variété par variété
- Butternut : la marathonienne. Dans de bonnes conditions, elle se garde environ 4 à 5 mois. C’est la courge à garder pour le cœur de l’hiver.
- Potimarron : le sprinteur. Comptez 3 à 4 mois, et il est un peu plus fragile que la butternut : on le cuisine avant. Bonus anti-gaspi : sa peau se mange, donc plus d’épluchage.
- Delicata : la délicate. Sa peau fine est comestible après cuisson. Les sources divergent sur sa durée de garde (de 2 mois à plus de 4 selon les cas) : le plus simple est de la cuisiner dans les premières semaines.
- Courge entamée : emballée, au réfrigérateur, elle tient une à deux semaines. Son avenir est dans la soupe, le gratin ou la purée, qui se congèle très bien.
Astuce : ne jetez pas les graines. Rincées, séchées et rôties au four avec un peu de sel, elles font un excellent grignotage.
Les pommes de terre : farineuses ou fermes, même régime
- Au sombre, au frais, au sec, autour de 6 à 10 °C, dans un cageot ou une caisse aérée.
- À l’abri de la lumière : elle fait verdir les pommes de terre, signe de solanine, une toxine naturelle. On coupe largement les parties vertes, et on écarte les pommes de terre très vertes ou amères.
- Pas de réfrigérateur pour les farineuses (purée, four, frites) : sous 8 °C environ, leur teneur en sucre augmente et elles prennent un goût sucré. Les variétés fermes supportent mieux un passage au frais, selon Test-Achats.
- Un goût sucré ? Quelques jours à température ambiante suffisent souvent à le faire passer.
- Ne les lavez pas avant de les ranger, et gardez-les loin de la chaleur : au-dessus de 10 °C, elles commencent à germer au bout de deux à trois mois.
Côté cuisine, une petite règle : une farineuse n’a pas vocation à finir en salade, ni une ferme en purée (elle vous le ferait savoir).
Les pommes : l’ordre de passage
Gala, Summerred, Golden, Diwa… elles n’ont pas toutes la même endurance. Quelques repères :
- Gala est la variété la plus cultivée de Suisse (environ 30 % des pommes selon Fruit-Union Suisse, 2026). C’est aussi une diva : Agroscope a consacré onze ans d’essais à trouver le bon moment de récolte pour qu’elle se garde bien.
- Règle générale : plus une pomme est précoce, moins elle se garde. Les Summerred et Gala se mangent en premier ; Golden et Diwa peuvent attendre plus longtemps.
- Au frais, c’est mieux : les professionnels conservent les pommes autour de 0 à 2 °C. Votre bac à légumes s’en approche.
- À l’écart des autres : les pommes dégagent de l’éthylène, qui accélère la maturation des fruits et légumes voisins. Un tiroir pour elles seules.
- Un peu molles ou ridées ? Direction compote, crumble ou gâteau : elles y sont aussi bonnes que les autres, parfois meilleures.
La récolte suisse bat son plein jusqu’à fin octobre. Fruit-Union Suisse attend environ 96 000 tonnes de pommes cette année, soit 5 % de moins qu’en 2025 : une bonne raison de ne pas laisser les vôtres au fond du tiroir.