Gaspillage alimentaire en Suisse : ce que dit le nouveau rapport, et ce qu’on peut y changer
Début mai, le Conseil fédéral a publié un bilan intermédiaire de son plan de lutte contre le gaspillage alimentaire. Verdict : peut mieux faire.
Entre 2017 et 2024, les pertes alimentaires n’ont reculé que d’environ 5 %, alors que l’objectif fixé pour 2025 était de 25 %. On est donc loin du compte, et l’objectif final — diviser le gaspillage par deux d’ici 2030 — paraît désormais sérieusement compromis.
Et le chiffre le plus parlant, c’est celui-ci : pendant que le commerce de détail réduisait ses pertes de 20 % et que la restauration progressait nettement, les ménages, eux, n’ont avancé que de 13 %. Or ils représentent à eux seuls près de 28 % du gaspillage total en Suisse.
Autrement dit : les commerces et les restaurants semble avoir fait leurs devoirs, c’est dans nos cuisines que cela semble plus complexe à réaliser.
Pour mieux se rendre compte, il faut savoir qu’en moyenne, chaque personne en Suisse jette pour environ 620 francs de nourriture par an (il s’agit bien d’une moyenne), soit près de 330 kilos. Une bonne partie ne part pas à la poubelle parce que le produit était mauvais, mais pour des raisons qui n’ont rien à voir avec sa qualité : une quantité mal calibrée pour le foyer, une banane un peu trop mûre qu’on n’ose plus manger telle quelle, ou simplement l’oubli.
On ne prétend pas avoir inventé la solution au gaspillage alimentaire suisse — ce serait un peu prétentieux pour une boite qui livre des paniers de fruits et légumes. Mais notre modèle touche, modestement, aux deux bouts de la chaîne :
En amont, on travaille avec des fruits et légumes que le circuit classique refuse souvent pour des questions de calibre ou d’apparence, pas de qualité gustative. Ça réduit le gaspillage qui se produit avant même d’arriver dans votre cuisine.
En aval, les paniers sont pensés pour être consommés sur une semaine plutôt que pour remplir un chariot « au cas où ». On a moins tendance à trop acheter quand la quantité est déjà calibrée pour soi. Le reste, c’est vous qui le faites — et vous le faites probablement déjà mieux que la moyenne, vu que vous lisez un article sur le gaspillage alimentaire un vendredi après-midi. Un fond de légumes un peu fatigués finit très bien en soupe ou en velouté, et une banane trop mûre dans un gâteau plutôt qu’à la poubelle.
Trois habitudes qui pèsent plus qu’on ne croit
On a tendance à penser que lutter contre le gaspillage demande de grandes résolutions — changer complètement sa façon de faire les courses, devenir un cordon bleu, etc. Dans les faits, ce sont surtout trois réflexes tout bêtes qui font la différence au quotidien.
1. Savoir à l’avance ce qu’on va manger
La fameuse liste de courses, on en parle depuis toujours, mais elle reste redoutablement efficace — à condition de la faire dans le bon sens. L’idée n’est pas de noter ce qu’on a envie d’acheter au hasard, mais de partir de ce qu’on sait déjà avoir à disposition pour caler ses recettes de la semaine autour de ça, puis de compléter uniquement avec les ingrédients qui manquent. C’est tout bête, mais ça évite les achats en double, les courgettes qui se ressemblent dans deux sachets différents, et les fonds de tiroir qu’on redécouvre trois semaines plus tard.
C’est là que notre fonctionnement aide un peu, sans qu’on l’ait conçu pour ça au départ : comme vous savez à l’avance ce qu’il y aura dans votre panier, vous pouvez organiser vos repas autour de son contenu plutôt que de découvrir le frigo le soir même et d’improviser. Moins d’improvisation, c’est souvent moins de produits qui finissent par être oubliés parce qu’on ne savait pas trop quoi en faire.
2. Cuisiner avec ce qu’on a, pas avec ce qu’on imagine
Beaucoup de gaspillage vient d’un décalage tout simple : on a une recette en tête, on achète ce qu’il manque pour la faire, et le reste du fond de frigo continue d’attendre son tour indéfiniment.
Inverser le réflexe — partir des produits qu’on a sous la main pour choisir la recette plutôt que l’inverse — réduit mécaniquement ce qui finit oublié. Quelques recettes « fourre-tout » dans son répertoire (soupe, gratin, wok, quiche) suffisent largement à absorber à peu près n’importe quel reste de légumes.
3. Manger bon donne envie de tout finir
C’est sans doute le point le plus sous-estimé : un produit qui n’a pas vraiment de goût finit plus facilement à la poubelle qu’un produit savoureux. Quand une tomate n’a goût à rien, on en mange la moitié et le reste traine ; quand elle est bonne, l’assiette est vide.
Les produits bio et de saison, récoltés à maturité, ont généralement plus de goût que ceux cueillis verts pour supporter de longs trajets — et ça joue directement sur l’envie de cuisiner et de tout manger, jusqu’au dernier morceau.
On ne dit pas ça uniquement parce que ça nous arrange : c’est aussi pour ça que beaucoup de gens qui passent au bio constatent qu’ils jettent moins, sans avoir changé leurs habitudes par ailleurs. Un bon produit se cuisine plus volontiers — et se termine plus volontiers aussi.